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Un pompier pyromane
L’ingérence française en Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny à Ouattara
Parution : 20/08/2018 De Blanc Bain 1 Maillot Pièce fbgyY76v
ISBN : 9782748903706
Format papier : 536 pages (10,5x17cm)
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« Dans la nuit, plusieurs dizaines de milliers de manifestants descendent dans les rues à l’appel de Charles Blé Goudé, leader des “jeunes patriotes”, et se dirigent vers l’aéroport et la base militaire française. Les Ivoiriens se heurtent rapidement aux hélicoptères et aux chars des soldats français, qui tirent à balles réelles et à la grenade offensive, faisant une trentaine de morts. Le lendemain, l’état-major français ne reconnaît pourtant que “des tirs d’intimidation”. Le soir, le général Bentégeat admet qu’ils ont “peut-être blessé ou même tué quelques personnes”, mais ne parle que de “pillards” et se déclare “très fier de la réaction qu’a eue le détachement Licorne. Ils ont montré qu’on ne tue pas impunément les soldats français”. La suite des événements confirmera qu’on peut en revanche tuer impunément des civils ivoiriens.»

Derrière une neutralité affichée, la France n’a cessé d’intervenir dans la vie politique ivoirienne, défendant âprement ses intérêts économiques et son influence régionale. De la mort d’Houphouët-Boigny à la chute de Gbagbo, tout l’arsenal de la Françafrique s’est déployé en Côte d’Ivoire : diplomatie parallèle, réseaux officieux, affaires troubles, coups tordus et crimes de guerre.

Raphaël Granvaud

Membre de l’association Survie, Raphaël Granvaud est également l’un des rédacteurs de Billets d’Afrique , bulletin mensuel d’information alternative sur les avatars de la politique africaine de la France.

Les livres de Raphaël Granvaud chez AgoneE Ton Il Di L'abito Bon Velo Pietrini l1cFKJT3

David Mauger

Membre de l’association Survie, David Mauger est également l’un des rédacteurs de Billets d’Afrique, bulletin mensuel d’information alternative sur les avatars de la politique africaine de la France.

Les livres de David Mauger chez Agone

Dossier de presse
Luigi Elongui
Afrique Asie.fr, 20 décembre 2018
Propos recueillis par Guillaume Desgranges
Billets d'Afrique, septembre 2018
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TV5 Monde, 22/08/19
Côte d’Ivoire 2002-2011 : Les ombres de la guerre française

Pendant neuf ans, la France a œuvré à la reconquête de la Côte d’Ivoire, où le président Gbâgbô était considéré comme une menace pour ses intérêts. Pour le renverser et face à une résistance populaire inattendue, Paris a eu recours aux opérations secrètes et à l’action psychologique, piliers de la doctrine anti-insurrectionnelle de son École militaire.

Un pompier pyromane. L’ingérence française en Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny à Ouattara (Éditions Agone / Survie, 536 P – 20 euros) de Raphaël Granvaud et David Mauger apporte des nombreux éclairages sur la guerre menée par la France en Côte d’Ivoire entre 2002 et 2011.

L’ouvrage s’inscrit dans les « grands travaux » de rétablissement des faits offusqués ou transfigurés par la vulgate officielle. Une tâche titanesque si l’on considère les dix ans d’une désinformation bien orchestrée et structurée à laquelle se sont déjà attelées Fanny Pigeaud avec France Côte d’Ivoire. Une histoire tronquée, paru en 2015, et, en moindre mesure, Leslie Varenne avec Abobo la guerre, en 2012.

L’ouvrage de Granvaud et Mauger est une véritable summa rédigée avec rigueur historienne. Du lourd dans la confrontation méticuleuse des sources et la recherche en profondeur de documentation. Successione La Del La Coniuge Coniuge Superstite Successione La Superstite Del 8wOvmn0N Un pompier pyromane est une base indispensable à la reconstruction des événements brouillés par les spécialistes de la manipulation. Les autorités françaises et le journalisme « embedded », mobilisés au soutien des communicateurs de l’armée, ont élaboré un grand récit que les auteurs démontent pièce par pièce.

Désinformation massive et journalisme embedded

Avec un argumentaire solide et preuves à l’appui, Granvaud et Mauger démontrent par exemple, que la nuit du 19 au 20 septembre 2002 c’est bien une tentative de putsch qui a eu lieu et non une mutinerie ; que les manifestants des journées de novembre 2004 ne brandissaient pas des kalashnikov, comme l’on a voulu faire croire ; que ceux qui ont juré sur les charniers, pas vraiment avérés, attribués à Gbâgbô, ont rendu invisibles ceux, plus certains, de ses adversaires ; qu’en avril 2011, les hélicoptères de combat de la France larguaient les bombes sur les civils, alors que sa diplomatie affirmait protéger la population des armes du camp gouvernemental.

L’évidence des faits se manifeste pendant que l’écran de fumée se délite. Les lecteurs suivront la succession des événements qui balisent les étapes de la reconquête non avouée : de septembre 2002 à la capture de Gbâgbô, le 11 avril 2011, suivie par le retour en pompe de la Françafrique triomphante et en passant par le déploiement de la force française Licorne, les « Accords » de Marcoussis en 2003, le novembre noir de 2004, le ballet diplomatique…

*La « guerre révolutionnaire » *

La lecture d’_Un pompier pyromane_ est stimulante et suggère des pistes de recherche et de réflexion.

On peut en énumérer les plus importantes.

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Primo : la France a mené en Côte d’Ivoire une guerre globale dont la bataille médiatique a été un aspect déterminant. Elle a rythmé l’alternance de la paix armée et de la belligérance. Ce qui est prescrit dans la doctrine de guerre française, où l’action d’influence via l’embrigadement des médias « sert avant tout la force militaire dans la poursuite de ses objectifs, soit en appui, soit en alternative à la violence et à la menace » (1).

Secundo : dans la conduite de cette guerre contre le pouvoir incarné par Laurent Gbâgbô, la France s’est trouvée face à la résistance populaire qui s’est invitée dans la crise : la « foule comme acteur public », pour partager une expression employée par Achille Mbembe dans la description des événements de septembre 1945 à Douala (Cameroun). Une variable inattendue et qui a souvent grippé le dispositif communicationnel français. Visiblement en difficulté pour cacher, puis minimiser, le premier massacre des militaires de Licorne contre les manifestants désarmés des journées du 6 au 10 novembre 2004, la ministre de la Défense Alliot-Marie se justifiera en évoquant « une situation insurrectionnelle ». Granvaud et Mauger commentent ainsi : « Le terme d’’insurrection’, également prisé par certains média français pour décrire la situation, paraît singulièrement inapproprié, les manifestants ne cherchant pas à renverser mais au contraire à défendre le pouvoir ivoirien en place. A moins que l’armée française et l’ancienne métropole ne se considèrent toujours comme l’autorité légitime » (2). Ce qui était évidemment le cas. Or, à toute insurrection, toute contre-insurrection…

Tertio : la guerre menée par la France en Côte d’Ivoire a été par conséquent, une « guerre révolutionnaire », anti-insurrectionnelle. Dans son déroulement, on détecte les mises à jour des paramètres théoriques et méthodologiques de cette Doctrine élaborée une première fois par le colonel Lacheroy pendant la guerre d’Indochine. Après l’Algérie, le Cameroun et le Rwanda, la Côte d’Ivoire a fait ainsi son entrée dans les cas de figure éminents de ces guerres noires qui changent de peau pour renouer avec une tradition datant de la période coloniale. Le général Lecerf, commandant de la Licorne de juin 2006 à juillet 2007, décrira l’opération Licorne comme un « laboratoire ». On le lit dans la revue trimestrielle des forces terrestres : « C’est surtout dans le domaine du renseignement et des opérations militaires d’influence… que les expérimentations ont été les plus nombreuses » (3). Élève de l’École supérieure de guerre à Paris et professeur au Collège interarmées de Défense, cet ancien patron de la Force terrestre décédé en 2011 était un théoricien de la Doctrine. A propos des massacres des civils en novembre 2004, il expliquera, sans état d’âme, qu’il vaut mieux que « l’emploi de l’arme de guerre sur une foule advienne le plus tard possible. Mais nous ne nous posons aucune question métaphysique ; nous employons nos armes dès que cela est nécessaire » (4).

Un novembre noir

Suivant la reconstruction des faits de Granvaud et Mauger, on voit s’éclaircir les points obscurs confirmant le caractère occulte de la guerre. Cela même si les auteurs lèvent plus d’un coin du voile posé par le récit officiel.

Toutes les ombres n’ont pas pas encore été dissipées sur le cours des événements, à partir du début le putsch raté du 19 septembre 2002 -où les interrogations persistent sur sa dynamique, le rôle de certains acteurs ivoiriens ou régionaux et les raisons de son échec et jusqu’à l’offensive finale contre le camp Gbâgbô, avec la capture de ce dernier, où on aura du mal à compter les victimes de l’armée française pendant sa progression et les bombardements sur Abidjan.

Si on se focalise sur le « novembre noir » 2004, où les événements s’enchaînent jusqu’à l’embrasement, on est dans l’épicentre des manœuvres secrètes et des stratégies opaques. Et cela, paradoxalement, permettra de voir plus clair dans les développements de la crise.

En mai 2004, le commandement de l’opération Licorne, géré à rotation annuelle, est confié au général Henri Poncet, un officier au profil et à l’expérience de politique et à la fois de théoricien, qui influencera le cours de cette histoire avec sa personnalité et son mode opératoire.

Ancien professeur aux Études opérationnels de l’École de guerre, ce parachutiste issu des troupes d’infanterie de marine héritières de l’armée coloniale a été conseiller Afrique du ministre de la Défense Million et, suite au changement de majorité, de son successeur Alain Richard. En 1992, le fleuron des forces spéciales françaises, le Commandements des opérations spéciales (COS) voit le jour. À boulevard St Germain (siège de l’EM de l’armée de terre), personne ne fait mystère du nom de son concepteur… Le général est un idéologue féru de la Doctrine et de sa manière de « faire la guerre autrement », ce qui nécessite, selon ses dires, « la désinformation, la manipulation, tout en restant dans des limites acceptables » (5). Officiellement chargé de l’évacuation des ressortissants français à la tête de l’opération Amarylls en 1994 au Rwanda, en plein génocide, le général remplit de génocidaires les avions affrétés. La mission a été plus tard considérée comme un feu vert donné aux exécutants de l’extermination qui agissaient sous les yeux de ses soldats. Ceux-ci ne bronchaient pas tout en « conseillant » aux Casques bleus belges de la MINUAR, qui voulaient intervenir, de ne pas se mêler de ces « conflits interethniques ». Poncet assurera le commandement du COS, son bébé, de 2001 à 2004, juste avant de s’embarquer pour Abidjan avec les « meilleurs éléments » des trois armées (6). Quelques dizaines de ses commandos arriveront aussi dans ses valises et joueront, on le verra, un rôle important.

Le premier massacre

Au début de ce novembre noir, Laurent Gbâgbô lance son armée, les FANCI, à la reconquête du Nord occupé par la rébellion de Forces Nouvelles (FN), qui est à l’origine du coup d’État raté de septembre 2002. Poncet veut empêcher l’offensive gouvernementale en bloquant avec ses camions les pistes de décollage de l’aéroport d’Abidjan. Il demande à l’Élysée un feu vert qui n’arrivera pas… L’offensive des

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FANCI progresse et au soir du 5 novembre, les autorités françaises sont informées que le lendemain les FANCI seront à Bouaké, fief d’une rébellion en train d’être défaite ! Gbâgbô lui, il est en train de gagner la guerre quand, ce jour-là, le 6 novembre, des avions Sukhoï de son armée de l’air bombardent une base française à Bouaké en tuant neuf soldats. La réaction de Poncet est immédiate : tous les appareils des FANCI sont vite détruits. L’Élysée, cette fois-ci, n’a reçu aucun coup de fil de sa part. Poncet a agi sans rien demander. Seul ?

L’offensive gouvernementale de facto est arrêtée, mais les Ivoiriens sont outrés par la violence de la riposte française et, à la tombée de la nuit, des milliers de manifestants convergent sur les ponts menant à la base française. Poncet ne se pose alors, lui non plus, « aucune question métaphysique » et ordonne de tirer sur la foule. On comptera environ 70 victimes et des centaines de blessés. Quelques heures auparavant, il avait déclaré : « Je veux des morts ivoiriens ». Il les avait.

Quid des pilotes biélorusses des Soukoï responsables du bombardement de Bouaké disparus dans la nature ? Mystère d’autant plus troublant que tous, (y compris Poncet), s’accordent à nier que l’initiative meurtrière soit venue de Gbâgbô. Alors, qui a donné l’ordre ?

On sait, des années après et suite à des nombreuses enquêtes judiciaires et de presse, qu’à leur rentrée à l’aéroport de Yamoussoukro, les pilotes ont été pris en charge par les hommes du COS, gardés pendant quatre jours et exfiltrés au Togo, où leurs traces ont été perdues. En 2016, la juge d’instruction française Sabine Kheris demande le renvoi devant la Cour de justice des anciens ministres Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie et Michel Barnier, considérés parmi les responsables de l’exfiltration. Selon Maître Balan, avocat des familles des soldats français tués à Bouaké, le contenu du dossier pourrait justifier le « renvoi devant une cour d’assises pour être jugés en tant qu’auteurs, co-auteurs ou complices de l’assassinat des soldats français ». D’après lui, le bombardement de Bouaké est « une tentative ratée de coup d’État » : une provocation à attribuer à Gbâgbô pour arrêter son offensive dans le Nord et préliminaire à son renversement (7).

L’ombre du crime d’État sur fond de machination se profile. S’agit-il du genre de la manipulation évoquée par Poncet dans sa plaidoirie pour la guerre autrement ? Un lobby militaire avec des « protecteurs » au sommet de l’État, aurait-il sacrifié neuf des siens pour barrer la route à un Gbâgbô en train de rebondir ?

Les mystères des Soukoï

Ce qui est sûr, c’est qu’une main noire opère en ce novembre 2004, au sein de l’une de ces « hiérarchies parallèles » si chères à la Doctrine de la « guerre révolutionnaire » (DGR).

Il est maintenant acquis que Chirac n’as pas donné à Poncet l’ordre de détruire la flotte aérienne de Gbâgbô. Le journalisme embedded n’étant pas exempt de fissures, cinq semaines après les faits Le Nouvel Observateur relate une fuite au ministère de la Défense, une source faisant filtrer que « quand le président a appris la riposte, elle était déjà en train de se faire ». Puis, comme avec le temps les langues se délient, Libération confirmera, en 2014, que l’initiative fut prise par le général Poncet (8). Qui aurait agi sous « conseil » du général Georgelin, chef d’État-major de Jacques Chirac, selon l’une des plumes de la Grande Muette, Jean-Christophe Notin, qui l’écrit dans son ouvrage Le crocodile et le scorpion, parue en 2013 (9).

Les deux officiers ont-ils court-circuité le chef de l’État, dont la conduite ambiguë agaçait les cercles militaires résolus à en finir avec Gbâgbô ?

Quoi qu’il en soit, une proximité de sensibilité entre Poncet et Georgelin est attestée dans leurs CV : les deux officiers se succédant, entre 1997 et ’99, dans la structure de commandement de la 11ème Division Parachutiste (DP), où sont recrutés les soldats des missions spéciales, notamment les forces opérationnelles du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Les mêmes qui, entre 1990 et 1993, ont formé les cadres de l’armée rwandaise responsable du génocide de 1994 au pays des mille collines (10). Des adeptes des guerres secrètes les deux généraux, l’un et l’autre avec une étoffe de politiciens et d’ « inspirateurs ».De Poncet, on a parlé plus haut. Georgelin, lui, a été chef de cabinet militaire du 1er ministre de 1994 à ‘97 et a fréquenté le Centre des hautes études militaires (CHEM) ainsi que l’Institut des hautes études de Défense nationale (IHEDN).

Quant au bombardement, difficile de croire que les commanditaires ne soient pas en « hiérarchie » avec ceux qui en ont réceptionné les auteurs pour les mettre sous leur protection, les exfiltrer au Togo, puis les faire disparaître. Les hommes du COS aux ordres de Poncet, comme on a vu…

Si dans le récit de Granvaud et Mauger, on privilégie une autre piste, celle de la cellule Afrique de l’Elysée sous la direction de Michel de Bonnecorse, on met aussi et bien en évidence le rôle de Dominique de Villepin comme l’un des cerveaux moteurs de l’opération. Qui pourrait l’être autant dans la première hypothèse (Poncet et le COS) que dans celle des auteurs.

La victoire aux mains nues

Après le carnage du 6 au 7 novembre, les troupes de l’ombre continuent à agir. Pendant la nuit du 7 au 8, une colonne de blindés de l’opération Licorne s’arrête devant la résidence de Laurent Gbâgbô, les canons pointés contre les fenêtres. Le scénario du coup d’État est en acte lorsqu’un nouveau mouvement de milliers de gens s’interpose comme un bouclier humain à protection du président. La foule s’oppose aux soldats français dans toute la zone de la résidence du chef de l’État jusqu’à l’Hôtel Ivoire, où le gros des forces de Paris est stationné. Ici, le face à face avec les militaires vire à une nouvelle tuerie, avec un bilan de 63 morts et de centaines de blessés. Sur le terrain, les scènes sont impressionnantes. Des corps déchiquetés, mêmes décapités. Selon un témoignage reporté par Granvaud et Mauger, « ça ne peut pas être une balle de fusil d’assaut Famas (en dotation à l’armée de terre, ndr). Le calibre est trop mince. Un seul type de munitions est capable de faire autant de dégâts : le 12,7 millimètres. De celles qui équipent certaines fusils de snipers » (11) : ceux des tireurs d’élite du COSOdcebxr De Bain Pièce Disney Vêtements Une Maillot Maillots Garçon CoQdeWxBrE positionnés au sixième étage de l’Hôtel Ivoire (12) !

Les victimes ne plient pas la résistance et la résidence de Gbâgbô reste protégée par la foule. Paris se désiste -ou se « dégonfle », selon une expression utilisée par Poncet quelque temps après. La victoire aux mains nues, intitulera le reportage tourné sur les lieux le cinéaste ivoirien Sidiki Bakaba, témoin d’exception des événements (13). « … La foule avait entouré le palais présidentiel. Le coup d’État n’a pas pu avoir lieu », déclarera également Maître Balan (14).

*Une erreur de Doctrine *

Malgré les tentatives maladroites de la communication de l’armée qui en un premier temps avait nié les tirs sur les manifestants et expliqué le positionnement des blindés devant la maison présidentielle par… une erreur d’itinéraire, la vérité se fait jour. Les images du carnage apparaissent sur la télévision ivoirienne et dans un reportage diffusé en France par Canal +.

Visiblement, une erreur de stratégie se dessine. « Poncet n’a pas su anticiper la crise », écrira Libération le 5 janvier 2006. Cette erreur est, comme on l’a vu, à l’origine de l’échec du coup d’État, le troisième depuis que Gbâgbô est au pouvoir. Si le raz-de-marée populaire et le manque de peur des gens qui ont occupé la rue entre les 6 et 10 novembre démontrent que les armes ne sont pas si toutes-puissantes face à une très forte résistance de masse, les forces à la manœuvre au sein de Licorne et à Paris n’auraient pas prévu l’ampleur de la riposte populaire. Un problème de doctrine, dont ses concepteurs tiendront compte par la suite.

Car les masses, leur contrôle et la régulation de leurs comportements, l’occupation des esprits, doivent rester au centre de la Doctrine, ce qui n’avait pas été fait, avec les conséquences que l’on a vues.

La réputation de l’armée ayant été ternie, le commandement de Licorne se met au travail pour réorganiser le consensus sur les agissements de la Grande muette. Il se dote d’un « bureau d’études », chargé de promouvoir des « actions indirectes » qui doivent demeurer secrètes : « Jamais personne ne doit pouvoir identifier la véritable source… que les informations soient fausses ou non » (15). Cette initiative a été prise hors de la chaîne de commandement officielle : « J’ai eu à m’interroger sur l’utilité de ma présence (au sein de la force Licorne, ndlr) dans la mesure où le général Poncet s’appuyait sur des services qui m’échappaient, à savoir les forces spéciales, un bureau d’études et d’autres ‘fidèles du renseignement’ », dira l’adjoint de Poncet à l’époque, le général Renaud de Malaussène, aux fonctionnaires de la Brigade criminelle qui enquêtaient sur l’affaire Mahe, ce jeune ivoirien suspecté d’être un coupeur de route et tué par une patrouille de Licorne sur ordre de Poncet. Un autre dossier chaud et qui fera de ce dernier, pendant un certain temps, « le général le plus controversé de France ».

Mais, avec cette campagne de rectification structurelle, la prise en charge de l’arme médiatique par le forces d’élite de l’armée est une réalité qui donnera ses fruits plus tard : le militaire et sa logique sont au cœur de l’information, de toute l’information, celle des médias et l’autre, plus subtile, qui circule dans l’action psychologique.

La terreur Successione La Del La Coniuge Coniuge Superstite Successione La Superstite Del 8wOvmn0N

Six ans et demi après, quand l’épilogue de cette histoire se consomme avec d’autres protagonistes et par la capture de Gbâgbô par les forces spéciales françaises, la stratégie de la « guerre révolutionnaire », avait été assumée dans tous ses dispositifs, y compris la terreur : « ‘Les bombardements ont porté la peur à son paroxysme’ dans une capitale déjà meurtrie par les effets de l’embargo, et …. ‘la terreur des habitants …. est renforcée par les nouvelles éparses’ qui leur parviennent au sujet des massacres commis par les troupes de Ouattara (16) ». En reprenant et en complétant, dans l’avant dernier chapitre d’Un pompier pyromane, des extraits du quotidien bruxellois Le Soir du 4 avril 2011, les auteurs soulignent que cette guerre, soutenue par la manipulation médiatique et une diplomatie active dans toutes les institutions de la gouvernance mondiale, a été conduite aussi contre les populations civiles révoltées face à l’interventionnisme violent de l’ancienne puissance coloniale.

A partir de 4 avril, les bombardements des hélicoptères français sont de plus en plus intenses. Les camps de l’armée ivoirienne sont ciblés, mais l’hôpital et le supermarché de Cocody, le beau quartier d’Abidjan, ne sont pas épargnés. Et le nombre de victimes civiles demeure inconnu. A guerre noire, info occulté…

Dans le quartier populaire d’Abobo, à Abidjan, les forces françaises supportées par celles de l’Onuci appuient la guérilla du Commando invisible, un électron libre au sein des Forces Nouvelles. Pendant les affrontements précédant la chute de Gbâgbô, les corps de sept légionnaires français seront récupérés sur les lieux. Cette mini-insurrection faisait partie d’un plan de « propagande armée » : il s’agissait d’évoquer une sorte de « printemps ivoirien », anti-Gbâgbô évidemment et selon la mode politique de l’époque.

*Les masses au cœur de la Doctrine *

La présence de tous ces ingrédients de la guerre psychologique marque un tournant dans l’application de la Doctrine (DGR) en Côte d’Ivoire et comble les lacunes du dispositif militaire qui s’étaient manifestées au cours du novembre noir 2004.

Cette fois-ci, la crise dans le sens des manifestations de masse anti-françaises imprévues et « ingérables » a été bien « anticipée ». En 2004, pour ne pas avoir su prévenir le mouvement, le prix à payer, non des dizaines, mais des centaines, voire de milliers de victimes ivoiriennes, aurait été trop élevé. En 2010–2011, la diffusion généralisée de la peur dans l’ensemble du territoire, plus un maquis instrumentalisé et la manipulation systématique de l’information ont fonctionné pour bloquer toute initiative populaire.

Les populations sont au cœur de la Doctrine de la « guerre révolutionnaire » et leur « gestion » est vitale pour son application. La leçon de 2004 a été bien entendue en 2011 et la stratégie de la terreur a été actée avec succès. Y compris dans le silence sépulcral qui a occulté les morts des bombardements sur Cocody et les 800 (!!) victimes du massacre de Déukoué, dans l’ouest du pays, œuvre des partisans d’Ouattara, et dont les informations ont néanmoins circulé parmi les populations civiles.

Le stratège de l’Élysée

Laurent Gbâgbô fut ainsi renversé et, quelques mois après, expédié à la Cour pénale internationale (CPI). Les stratèges de la « guerre révolutionnaire », eux, font preuve d’une longévité politique majeure. Le général Henri Poncet, suspendu et même « blâmé » pour l’affaire Mahé du jamais vu pour un haut gradé de l’armée depuis la guerre d’Algérie (« Le général Poncet est tombé ! », avait crié alors et un peu hâtivement la presse), avait été en réalité muté à la tête des renseignements militaires (DRM). Tout, sauf qu’une mise au placard. En 2007, il prend sa retraite et continue à faire parler de lui quand il prône l’intervention de l’armée en territoire urbain critiquant au passage la gestion médiatique « anti musulmane » des attentats djihadistes !! En 2017, il adhère à La république en marche (LRM) et devient conseiller pour le Programme Défense et Sécurité du président Macron.

Le stratège est au sommet de l’État, avec ses théories à appliquer au Moyen Orient, en Afrique, sur le territoire national et… dans le Vieux Continent. L’ « Europe de la Défense», cette amorce d’une nouvelle doctrine anti atlantique qui a fait grincer les dents à Trump, c’est lui.

Avec lui, les fantômes de l’Algérie, du Cameroun, du Rwanda et de la Côte d’Ivoire hantent les hautes sphères de la Vème République. Où se confirme qu’aujourd’hui comme hier la « guerre révolutionnaire », forme moderne de la guerre française est le guide de l’action politique en externe et en interne de Paris.

(1) Défense et Sécurité Internationale (DSI), hors-série n° 41. Soulignement notre.
(2) Un pompier pyromaneImprimé Blanc Femme Oiseaux By Shirt Edc T Glamour Esprit En kTOiPXZu, page 205.
(3) Doctrine, n° 12 mai 2007. Cité par les auteurs à page 216 d’_Un pompier pyromane_.
(4) Défense et Sécurité nationale. Le livre blanc. Les débats sur La Documentation française. Cité par les auteurs, pages 205–206.
(5) Extraits d’une Tribune publiée sur le Monde et cités par Alexandre François, “Le général Poncet, l’adepte de « la guerre autrement » en Côte d’Ivoire”, Slate Afrique, 3 décembre 2012.
(6) Slate Afrique, article cité.
(7) Un pompier pyromane, pages 238 et 40.
(8) Un pompier pyromane, page 200.
(9)
(10) Patrick de Saint-Exupéry, L’Inavouable, page 2001.
(11) Un pompier pyromane, pages 214–215.
(12) Idem, pages 212–213.
(13) Afrique Asie, décembre 2016.
(14) Un pompier pyromane, page 209.
(15) Idem, page 216.
(16) Alassane Dramane Ouattara (ADO) est l’un des protagonistes de cette longue crise. Soutenu par la France et son allié de l’époque, le président burkinabè Blaise Comparé, ADO est l’adversaire de Gbâgbô à la présidentielle qui se joue fin 2010. Ses résultats contestés ouvriront la voie à la solution militaire de la crise, pendant laquelle l’armée de la rébellion (FAFN), qui se manifeste au lendemain du coup d’État raté de septembre 2002, appuyée par la France, la force des NU (ONUCI) et le Burkina Faso, interviendra à soutien du « candidat » Ouattara et se rendra responsables de nombreuses exactions.

Luigi Elongui
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Afrique Asie.fr, 20 décembre 2018
La Françivoire en questions

A plusieurs reprises, la France est intervenue militairement en Côte d’Ivoire. Un livre choc fait le portrait de cette ingérence et accuse l’armée française de crimes de guerre.
En 2004, l’armée française tirait à plusieurs reprises contre la foule à Abidjan, laissant dans son sillage une soixantaine de civils tués. Ce crime, méconnu, oublié et impuni, est retracé parmi d’autres dans un livre explosif des militants de l’association française Survie Raphaël Granvaud et David Mauger, publié fin août.

L’ouvrage, Un pompier pyromane. L’ingérence française en Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny à Ouat-taraFarmer Gilet Farmer Gilet Gentleman Gilet Homme Gentleman Gentleman Homme Homme OXwknP8N0, aux éditions Agone, s’intéresse plus globalement à l’impérialisme exercé par la France dans ce pays depuis son indépendance. Les auteurs y rappellent que la France est accusée d’avoir fait bombarder sa propre base militaire en 2004, dans le but de justifier a posteriori un coup d’État planifié contre le président d’alors, Laurent Gbagbo. Puis que son armée a balayé ce même chef d’État par les armes en 2011 au nom de la démocratie, après des élections contestées. Pour Le Courrier, David Mauger, résume l’essentiel des faits connus à ce jour.

Pourquoi cette question de l’ingérence de la France en Côte d’Ivoire est-elle importante à vos yeux aujourd’hui ?
Le cas de la Côte d’Ivoire est emblématique de ce qu’on appelle la «Françafrique», une forme d’impérialisme qu’exerce la France sur ses anciennes colonies africaines. Sous couvert d’une opération de maintien de la paix, en 2011, Paris a fini par trancher par la force le résultat d’une élection présidentielle ivoirienne qui était vouée à l’échec car le pays était divisé en deux par la rébellion armée.
A partir de 2011, on a assisté à un retour à l’ordre ancien. Aujourd’hui Alassane Ouattara, le président en exercice défend le franc CFA, la monnaie imposée par l’ancien colonisateur, et se montre ravi qu’une base militaire française, qui était appelée à disparaître, reste finalement à Abidjan.

Selon vous, la France a tout fait pour que le président Laurent Gbagbo perde le pouvoir dès 2002. Pourquoi ?
Il y a des raisons historiques et d’autres plus actuelles. Dans les années 1980, Laurent Gbagbo avait fondé un parti politique clandestin qui s’opposait à Houphouët-Boigny. Il a été le premier à se présenter lors d’élections contre le président choisi par la France, et avait recueilli déjà près de 20% des suffrages. Aux yeux de la classe politique française, en particulier du président d’alors, Jacques Chirac, Laurent Gbagbo était celui qui bousculait l’ordre ancien.

Lorsqu’il a été élu en octobre 2000, le nouveau chef d’État avait notamment nommé un ministre de l’Économie, Mamadou Koulibaly, hostile au franc CFA. L’outil monétaire de la France, qui bénéficie beaucoup aux grands groupes industriels français, était menacé. Gbagbo avait aussi annoncé qu’il n’octroierait plus presqu’automatiquement les grands marchés publics aux entreprises françaises, mais qu’il ferait jouer la concurrence, notamment chinoise.

En même temps, Gbagbo n’était pas un révolutionnaire…
Tout à fait. Si Laurent Gbagbo a fait des déclarations qui en théorie pouvaient mettre à mal les intérêts français, en pratique, il a été plutôt pragmatique. Gbagbo a continué à céder des marchés très importants à la France, notamment aux groupes Bouygues et Bolloré. Ce n’est qu’en 2011 lorsque qu’il y a eu une grave crise armée après les élections contestées qu’il a fait des déclarations beaucoup plus offensives.
Je précise ici que nous ne prenons pas partie pour un camp ou l’autre dans notre ouvrage. Il ne s’agit pas non plus d’absoudre l’une ou l’autre des parties au conflit.

Qu’a fait la France contre Gbagbo et pour soutenir la rébellion à partir de 2002 ?
En 2002, l’armée française a été déployée le long d’une ligne de cessez-le-feu d’est en ouest qui a coupé le pays en deux. Le gouvernement ivoirien avait sollicité l’intervention de l’armée française pour réduire la rébellion qui venait du Burkina Faso, et qui était de ce fait considérée comme une agression extérieure. Mais les militaires français n’en ont rien fait et se sont contentés de figer la ligne de front.
Cela a eu pour effet d’enraciner les rebelles. Car, de 2002 à 2011, il y eu des moments où la rébellion a connu des crises internes et n’avait plus les forces pour détenir plus de la moitié du territoire ivoirien.
Au niveau diplomatique, la France n’a eu de cesse de légitimer cette rébellion. Cela a été particulièrement flagrant lors des négociations de Marcoussis de 2003, dans la banlieue parisienne, lors de laquelle la France a appelé les différents partis et mouvements rebelles ivoiriens à discuter. Le gouvernement français a donné aux rebelles une place de choix à la table des négociations. Puis, il a largement dicté les conclusions de la réunion qui demandaient que des portefeuilles clés soient donnés aux représentants de l’opposition armée, dont celui de la Défense ! Cela était inacceptable pour Abidjan, et a été contesté massivement dans la rue en Côte d’Ivoire.

La France a-t-elle bombardé sa propre base militaire ?

La France est aussi accusée d’avoir joué un rôle dans le bombardement de sa propre base militaire en 2004 pour faire croire à une agression de Laurent Gbagbo, dans le but de justifier un coup d’État contre ce dernier…IllustratedDes PlageVanity La Fair Filles Sports À QsxdhrCtB
Il faut rappeler le contexte. En 2004, les forces loyalistes ont tenté de reconquérir Bouaké, la capitale rebelle. Leur offensive terrestre était couronnée de succès jusqu’à ce que le bombardement d’une base militaire française à Bouaké vienne contrecarrer l’opération. Deux avions de l’armée ivoirienne ont lâché des bombes sur ce camp militaire, causant dix morts – dont neuf soldats français et un civil étasunien – et une trentaine de blessés parmi les militaires français.
Aujourd’hui, plusieurs spécialistes de la question, dont l’avocat des familles des victimes, Me Balan, estiment que les deux mercenaires biélorusses qui ont piloté ces avions ont probablement été manipulés par la France. Selon le général de Malaussène (numéro 2 de l’opération Licorne1 en 2005), «une machination a été montée par des politiques français». Une information venue de Paris aurait fait croire aux militaires ivoiriens en la présence de chefs rebelles pour provoquer ce bombardement en un endroit désert du camp militaire, afin de justifier par la suite un renversement par la force de Laurent Gbagbo. Mais l’opération aurait mal tourné.

Qu’est ce qui fait penser que c’est la France elle-même qui est derrière cet attentat ?
Cette affaire est émaillée d’éléments très troublants. Le plus curieux est que les deux pilotes biélorusses auteurs du bombardement ont été arrêtés, puis relâchés à deux reprises dans les jours suivants l’attaque. Ils ont été une première fois détenus à l’aéroport d’Abidjan par des soldats français, qui avaient pris possession de l’aéroport, mais ils n’ont pas été inquiétés.
Les autorités françaises ont prétendu ensuite qu’elles n’avaient pas fait le lien entre ces mercenaires et le bombardement de Bouaké. Une déclaration peu crédible quand on sait que les services de renseignement français étaient présents sur la base de Yamoussoukro d’où ont décollé ces avions. Le dossier d’instruction de la justice française (lire ci-dessous) établit qu’ils détenaient toute l’information nécessaire pour faire le lien.
Dans les jours suivants, les pilotes ont réapparu à la frontière togolaise, où ils se sont présentés comme des ouvriers agricoles. Les autorités togolaises ont fait le lien avec l’affaire de Bouaké et ont prévenu les Ministères de l’intérieur et de la défense français. Selon la version officielle, elles n’auraient reçu aucune réponse de Paris. Ils ont donc été relâchés, ont rejoint l’intermédiaire français résidant au Togo qui avait vendu les avions militaires à la Côte d’Ivoire, puis ont disparu dans la nature.

Les blessés et les familles des victimes ont porté plainte contre X en 2005 en France. Qu’a conclu la justice française ?
Une longue enquête judiciaire a eu lieu sur le bombardement. L’instruction s’est terminée cette année. Au cours de l’enquête, les juges d’instruction ont pu constater à quel point les autorités françaises faisaient obstruction, refusant de déclassifier certains documents et en caviardant un bon nombre d’autres.
Successione La Del La Coniuge Coniuge Superstite Successione La Superstite Del 8wOvmn0N Au final, la juge a demandé en 2016 le renvoi de trois ministres français devant la Cour de justice de la République, à savoir Michel Barnier, Dominique de Villepin et Michèle Alliot-Marie, estimant que « tout avait été orchestré afin qu’il ne soit pas possible d’arrêter, d’interroger ou de juger les auteurs biélorusses du bombardement » et évoquant « une concertation à un haut niveau de l’État ». A charge, ensuite au procureur de la Cour de lancer une procédure d’instruction. Cela n’a pas encore été fait.
En revanche, en juin 2018, le parquet a demandé l’ouverture d’un procès contre les deux copilotes ivoiriens et contre l’un des deux pilotes biélorusses (le deuxième n’était pas identifié de façon certaine). Les familles des victimes attendent donc l’ouverture du procès.

Ce bombardement a servi de prétexte à Paris pour une action militaire contre le gouvernement de Gbagbo en 2004. Que s’est-il passé exactement?

Après le bombardement du camp militaire de Bouaké, trois colonnes de blindés français sont descendus sur Abidjan. L’une d’elles s’est positionnée devant la résidence de Laurent Gbagbo, ce qui a été interprété comme une tentative de renversement du président. Une hypothèse corroborée par la suite par les déclarations d’ambassadeurs français en poste dans la région et par les hauts gradés de l’opération Licorne interrogés par la juge sur la présence d’un général ivoirien dans l’un des blindés français. Mais nous ne savons pas pourquoi le gouvernement français a reculé.
L’armée française a aussi détruit tous les avions de combats et hélicoptères ivoiriens. En réaction, à l’appel des jeunes patriotes soutenant Gbagbo, une bonne partie de la population est descendue dans la rue pour protester à Abidjan.

C’est à ce moment-là que les soldats français ont tiré sur la foule, tuant de nombreux civils ?
Oui, à plusieurs reprises, au cours de quatre jours de mobilisations, des soldats français ont tiré sur des civils ivoiriens ; sur les ponts, près de l’aéroport, devant le camp militaire français, et devant l’hôtel Ivoire principalement. Il s’agit pour nous du crime majeur commis par l’armée française en Côte d’Ivoire.
Le bilan officiel établi par l’État ivoirien est d’une soixantaine de morts. Une enquête sud-africaine a confirmé que le calibre des balles était celui utilisé par l’armée française. Des images d’une télévision ivoirienne, diffusées en France sur Canal +, montrent très bien des soldats français postés devant l’hôtel Ivoire tirant sur des manifestants non armés. On voit aussi des corps sur ces images. La seule version crédible à ce jour est que l’armée française est à l’origine de ces crimes.

« La France a fermé les yeux sur les massacres »

Quel a été le rôle de la France dans les élections de 2010 ?
L’élection de 2010 était biaisée dès le départ. La France a fait le forcing pour que des élections se tiennent alors que les conditions n’étaient pas remplies et que tout indiquait qu’elles allaient déboucher sur une reprise des hostilités. Le désarmement des rebelles et des milices proGgabgo, notamment, n’a jamais été mis en œuvre.
Un mois avant le scrutin, un rapport de l’ONU montrait au contraire que les deux camps étaient en train de se réarmer, et que, sous couvert d’élections, on était en réalité en train de préparer une sortie de crise par la violence. Dans les accords de 2007 entre le gouvernement et la rébellion, qui ont fait du leader politique de cette dernière, Guillaume Soro, le premier ministre, il était stipulé que le désarmement devait avoir lieu au plus tard deux mois avant les élections. Or, il n’en a rien été.
Il est anormal que l’ONU n’ait pas protesté ni demandé le report du scrutin, alors que l’organisation devait valider les différentes étapes menant aux élections, dont le désarmement. Pendant toute l’année 2010, la diplomatie française s’est employée à convaincre qu’il était irréaliste d’exiger le désarmement des rebelles. C’est ainsi que le pays est allé aux élections sans que le territoire soit unifié.

Les élections ont aussi été émaillées d’irrégularités. Était-ce assez sérieux pour remettre en cause la victoire présumée d’Alassane Ouattara ?
Oui. Tout d’abord, nous constatons que si beaucoup d’observateurs internationaux ont été déployés en Côte d’Ivoire, ils sont pour la plupart restés à l’Ouest du pays, dans le fief de Laurent Gbagbo. Très peu d’entre eux ont surveillé le scrutin au Nord, où se trouvaient les rebelles et où les résultats ont été très contestés. En effet, lors du deuxième tour des élections, il y a eu de très nombreuses irrégularités. Notamment à Bouaké où le nombre de votants excédait le nombre d’inscrits sur la liste électorale.
La Commission électorale indépendante – qui n’avait rien d’indépendante car elle était composée des différents partis et des mouvements rebelles – n’a pas trouvé de consensus sur les résultats. Il est alors discutable que le président de cette commission se soit rendu au quartier général de la campagne de Ouattara pour déclarer ce dernier vainqueur. Et il est plus étrange encore que la communauté internationale ait rapidement validé ces résultats sans analyser avec sérieux les irrégularités constatées.

Après les élections, on a assisté à une reprise du conflit armé qui a duré plusieurs mois, quel a été le rôle de la France dans la prise du pouvoir par Ouattara ?
Au Conseil de sécurité de l’ONU, la France va obtenir que le mandat des casques bleus et celui des forces françaises évoluent, et qu’ils puissent, « par tous les moyens nécessaires », protéger les populations civiles. Sous ce couvert humanitaire, les hélicoptères français vont intervenir à Abidjan en bombardant un camp militaire et en pilonnant la résidence présidentielle. La France a, comme en Libye, outrepassé très claire-ment le mandat qui lui avait été confié.

Dans la même période, pourtant, des massacres sont commis, en particulier à Duékoué où, fin mars, entre 800 et 1000 civils sont tués par les rebelles en l’espace de quelques jours. Là, ni l’ONU ni l’armée française ne vont intervenir pour stopper les tueries. Ce qui comptait aux yeux de Paris c’était la question du pouvoir et non pas la protection des civils. Le 11 avril, les blindés français enfonceront le portail de la résidence présidentielle de Laurent Gbagbo. L’armée française a appuyé de manière décisive les rebelles pour le capturer et l’emmener devant la Cour pénale internationale (CPI), et installer Alassane Ouattara à la tête du pays.Successione La Del La Coniuge Coniuge Superstite Successione La Superstite Del 8wOvmn0N

La CPI, «une justice des vainqueurs»

La CPI a inculpé Gbagbo, mais aucun des rebelles. Cette cour est-elle sous la coupe de la France ?
Le poids de la France est très important au Conseil de sécurité de l’ONU, dont émane la CPI, car elle en est un des cinq membres permanents. En particulier pour tout ce qui concerne ce qu’elle considère comme son pré carré africain.
Dans le cas ivoirien, il a été demandé au départ une enquête sur la crise postélectorale. Or la CPI n’a délivré aucun mandat d’arrêt contre les auteurs présumés de crimes commis par la rébellion. Le premier procureur à avoir mené l’enquête, Luis Moreno Ocampo, s’est focalisé uniquement sur la responsabilité de Laurent Gbagbo et de ses proches. Des messages rendus publics entre Ocampo et la diplomatie française ont révélé qu’avant même que la CPI soit saisie, il y a avait eu un arrangement pour que Gbagbo soit détenu en vue d’être déferré devant la cour. La France avait cette idée-là en tête dès le début de la crise postélectorale en décembre 2010, à en croire des déclarations de Nicolas Sarkozy à ce moment-là.

De façon encore plus cruciale selon nous, la CPI ne s’est jamais intéressée aux crimes de novembre 2004 commis par l’armée française. Il semble qu’elle n’ait pas même enquêté sur ces faits. On constate là claiRement un « deux poids deux mesures ». Nous assistons aujourd’hui à une justice des vainqueurs.

Laurent Gbagbo est en détention préventive depuis sept ans. Pourquoi n’a-t-il pas été inculpé ?
La diplomatie française peut aujourd’hui s’inquiéter de la tournure que prennent les choses à la CPI. Détenir quelqu’un aussi longtemps sans inculpation pose problème. Surtout que la CPI laisse entendre que le procès est appelé à durer encore deux ou trois ans. La cour en a maintenant terminé avec l’audition des témoins cités par l’accusation. Or selon les témoignages recueillis jusqu’à présent le dossier semble relativement mince. Certaines personnes citées à la barre ont même dédouané Laurent Gbagbo de certaines accusations.

Le dossier ne cesse de s’affaiblir. A tel point qu’on se demande actuellement si Gbagbo ne va pas être libéré, soit provisoirement, soit avec l’abandon des charges qui pèsent contre lui. Le procureur essaie sans succès de prouver son implication indirecte dans les crimes commis par son camp contre des civils. A tel point qu’à mi-parcours de ce long procès, les juges laissent maintenant la possibilité à la défense de Gbagbo de plaider son acquittement, avant même l’audition des témoins de la défense.

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Bouaké: scandale d’État ignoré

« C’est le plus grand scandale d’État qu’ait jamais connu la République française. » Joint par téléphone, l’avocat des victimes du bombardement du camp de Bouaké de 2004 (lire ci-dessus), Jean Balan, ne mâche pas ses mots. Cela fait bientôt quinze ans qu’il se bat pour faire éclater la vérité sur cette affaire, au sujet de laquelle la plupart des médias français gardent un silence inquiétant.

Me Balan en est convaincu, le pilonnage de la base militaire de Bouaké, en Côte d’Ivoire, qui a notamment occasionné la mort de neuf soldats français, a été commandité par les plus hautes instances de la République. « Sinon la vérité aurait surgit dès 2005, grâce, notamment, à la déclassification de documents secrets ».
Les exécutants de l’attaque, des pilotes biélorusses et copilotes ivoiriens, auraient aussi dû être appréhendés depuis longtemps. « Le mandat d’arrêt international à leur encontre n’a jamais été mis en œuvre. A plusieurs reprises, j’ai informé le parquet de l’endroit où ils se trouvaient, mais ils n’ont jamais été -arrêtés. »

Selon l’avocat, les maigres avancées de l’enquête n’ont pu avoir lieu que grâce à sa propre détermination et à l’opiniâtreté de quelques juges d’instruction: « Le parquet, lui, n’a pas bougé. » L’homme parle prudemment, mais librement: « Cela fait quinze ans que je porte des accusations graves, je n’ai jamais été attaqué pour diffamation. »
Jean Balan se montre satisfait du réquisitoire « courageux » du procureur de la République, François Molin, qui, début juillet dernier, soit près de quinze ans après les faits, a demandé le renvoi devant la Cour d’Assises d’un ancien mercenaire biélorusse, et de deux officiers ivoiriens, tous trois pilotes et copilotes des avions Sukhoï-25, pour les chefs d’assassinat, de tentative d’assassinat et de destruction de biens. « Ce procès se tiendra, mais nous ne savons pas encore quand », ¬tempère-t-il.

Les trois ministres français mis en cause ont été quant à eux accusés par la juge en charge de l’affaire d’empêcher la justice de faire son travail, indique Jean Balan. « Mais il faut aller plus loin et qu’on finisse par démasquer les commanditaires de ce crime », tempête-t-il. La balle est désormais dans le camp de la commission des requêtes auprès de la Cour de justice de la République. Il s’agit de la seule juridiction compétente pour juger les crimes commis par les membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions. « Il y a de quoi faire, mon dossier compte 18 000 pages, mais pas grand monde ne s’y intéresse. »

Christophe Koessler
Le Courrier, 14 septembre 2018
Côte d'Ivoire : La France avait une volonté très ferme d'en finir avec le régime Gbagbo

« Pendant les années Gbagbo, la France n’est pas intervenue en Côte d’Ivoire pour résoudre la crise, mais au contraire pour l’aggraver». C’est en substance la thèse de Raphaël Granvaud et de David Mauger, de l’association Survie, qui publie l’ouvrage Un pompier pyromane aux éditions Agone. Une semaine avant la reprise des audiences du procès Gbagbo devant la CPI, le 1er octobre, Raphaël Granvaud répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

Pourquoi dites-vous que la France joue un rôle de « pyromane » en Côte d’Ivoire ?

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Raphaël Granvaud : Selon la version officielle, la France est intervenue avec l’opération Licorne pour des buts humanitaires et de manière complètement impartiale. Or ce qu’on démontre dans le livre, c’est que la France n’était pas du tout un arbitre neutre, mais au contraire un acteur de la crise et un acteur très engagé avec une volonté très ferme d’en finir avec le régime Gbagbo et des accointances qu’on a pu documenter à partir de plusieurs indices de complicité avérée avec la rébellion.

Vous dénoncez en effet les multiples ingérences de la France en Côte d’Ivoire depuis l’an 2000, depuis l’arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo. Mais en décembre 1999 par exemple, lors du « coup d’Etat du Père Noël », la France n’a rien fait pour sauver le régime du président Bédié...

Oui. Officiellement c’est parce qu’il y avait des divergences de vue dans l’exécutif, d’un côté la droite et Chirac à l’Elysée, de l’autre côté Matignon et le Parti socialiste avec Lionel Jospin. Mais on peut penser aussi que dans la mesure où Konan Bédié avait commencé à remettre en cause certains intérêts dans le cacao par exemple, et que se profilaient également des questions pétrolières, on peut penser que peut-être la France n’était pas très empressée non plus à aller sauver quelqu’un qui par ailleurs était très discrédité à la fois sur le plan intérieur et sur le plan international.

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Et en octobre 2000, quand une insurrection aide Laurent Gbagbo à renverser le général Robert Gueï, c’est la France comme vous l’écrivez qui soutient la reconnaissance de Laurent Gbagbo contre plusieurs pays dont les Etats-Unis et le Nigeria , non?

Alors, la diplomatie de Hubert Védrine aux Affaires étrangères, effectivement, va se prononcer pour la reconnaissance du régime Gbagbo, sous condition toutefois. Tandis que Jacques Chirac va mettre quand même un long moment avant de le reconnaître comme président de la Côte d’Ivoire.

Voulez-vous dire qu’il y a une exception Jospin ?

Une exception, je ne sais pas. En tout cas, le gouvernement Jospin ne partageait pas la hargne qu’a pu avoir le président Chirac à l’encontre du président Gbagbo, même si, par la suite, cette aversion va se propager, se répandre et être partagée par d’autres acteurs de premier plan du Parti socialiste.

On arrive à septembre 2002, l’insurrection nordiste. Vous semblez dire que la France est au courant de cette insurrection anti-Gbagbo, voire qu’elle l’a suscitée. Avez-vous des preuves ?

Des preuves matérielles, non. En revanche, ce qui ne nous parait absolument pas crédible, c’est l’argumentaire qui est tenu à l’époque selon lequel les services secrets auraient été sourds et aveugles avant et après le déclenchement de cette tentative de putsch. Et, dans le livre, on rapporte notamment quelques exemples simultanés dans d’autres pays à la même période et impliquant parfois même le Burkina d’où est partie la rébellion, où les services secrets étaient tout à fait informés et tout à fait au courant de certaines tentatives de coup d’État qui étaient en train de se nouer.

Vous expliquez l’aversion des Français à l’égard de Laurent Gbagbo à cause notamment des intérêts économiques de la France en Côte d’Ivoire. Mais pour autant, est-ce que le marché des matières premières de Côte d’Ivoire n’a pas échappé à la France dès cette époque-là ?

Pour partie effectivement, dans le cacao il y a des intérêts américains qui sont très présents depuis cette période. Cela dit, la France conserve une part prépondérante dans l’économie ivoirienne. Quelques grands groupes comme Bolloré, Bouygues et quelques autres se taillent encore des parts importantes [de marché]. Et, par ailleurs, il n’y a pas que des intérêts strictement économiques. Il y a véritablement des intérêts stratégiques à l’échelle de toute la région.

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Ce que craignaient sans doute Chirac et, plus généralement, quelques autres acteurs français, c’est que, si les intérêts français venaient à être remis en cause dans ce pays, ça fasse boule de neige et ça entraîne d’autres pays à une conduite similaire. Donc on voulait se débarrasser d’un homme politique qui apparaissait comme trop indépendant à l’égard des intérêts économiques et stratégiques français, et militaires notamment.

« Jacques Chirac veut se débarrasser de Laurent Gbagbo pour préserver l’ordre Françafricain », écrivez-vous.

Très clairement, Gbagbo arrive au pouvoir sans l’assentiment de la France. Chirac, de toute évidence, ne l’a pas digéré. Et par la suite – il y a des anecdotes qui en témoignent, rapportées par plusieurs diplomates – Gbagbo refuse un rapport d’allégeance que d’autres dirigeants africains acceptent bien volontiers. Et ça non plus, Chirac ne l’accepte pas. L’enjeu est régional. La France ne tient pas à perdre ce pays qui occupe une position particulière dans le dispositif que l’on appelle la Françafrique.

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En novembre 2004, l’armée de l’air ivoirienne bombarde Bouaké et tue 9 soldats français. Qu’est-ce qui vous fait penser que c’est un coup tordu, soit de la cellule africaine, soit des services secrets français ?

C’est la version défendue notamment par l’avocat français des familles des militaires décédés à Bouaké, qui, au vu de toute la somme de témoignages et de documentation qui a pu être accumulée pendant la procédure judiciaire, en arrive à la conclusion que vraisemblablement, l’aviation ivoirienne a été intoxiquée pour bombarder un endroit et qu’il n’y aurait pas dû y avoir de soldats français à cet endroit-là. Ils s’y trouvent malencontreusement, les morts n’étaient évidemment pas prévus.

Ça aurait dû servir de prétexte à un renversement de Laurent Gbagbo, ce qui explique par ailleurs pourquoi une colonne de chars s’est ensuite retrouvée devant sa résidence personnelle, opercule ouverte, du fait – nous a-t-on dit à l’époque – d’une incroyable erreur d’orientation, qui apparaît là encore assez peu crédible.

Et pensez-vous que la France de Jacques Chirac avait alors un homme de rechange à mettre à la place de Laurent Gbagbo ?

Certains journalistes avancent le nom de Mathias Doué, lequel a pris la fuite peu après les évènements. Personnellement, je n’ai évidemment pas d’éléments matériels supplémentaires à apporter à l’appui de cette thèse.

Beaucoup s’interrogent aujourd’hui pour savoir pourquoi Jacques Chirac n’a pas fait arrêter ensuite les deux mercenaires biélorusses qui pilotaient les avions qui avaient bombardé Bouaké. Qu’en pensez-vous ?

Non seulement la France n’a pas fait arrêter les mercenaires mais, à deux occasions, elle a ordonné qu’ils soient relâchés. D’abord, quand ils ont été appréhendés par les forces spéciales et ensuite quand ils ont été appréhendés par les forces de sécurité togolaises. Donc il y a eu véritablement une volonté délibérée de les faire relâcher. Ce qui d’ailleurs a poussé la juge [Sabine] Kheris, la dernière juge en charge de l’instruction, à demander la comparution de trois anciens ministres français de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères [respectivement Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie et Michel Barnier] devant la Cour de justice de la République.

En avril 2011, l’armée française est le fer de lance de l’opération militaire qui renverse le régime de Laurent Gbagbo. Pourquoi écrivez-vous que l’armée française a violé de façon évidente les résolutions de l’ONU ?

C’est le même mécanisme qui s’est joué en Libye. C’est-à-dire que, sous couvert de protéger les civils, on a demandé une résolution du Conseil de sécurité qui permettait d’intervenir. «Par tous les moyens », dit la résolution de manière assez floue, mais pour la protection des civils. Celle-ci ajoute  «y compris contre les armes lourdes ».

Et on a pris prétexte de cette résolution pour bombarder purement et simplement les moyens militaires de Laurent Gbagbo et permettre aux rebelles ralliés à Ouattara de gagner l’intérieur d’Abidjan, puis ensuite de même les accompagner jusqu’à la résidence de Laurent Gbagbo, où ils ont pu ensuite le capturer. Donc ce n’était évidemment pas le sens des résolutions de l’ONU.

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A l’origine de la chute de Laurent Gbagbo, il y a la présidentielle de 2010 au terme de laquelle l’élection d’Alassane Ouattara est validée par les Nations unies. Et vous montrez très bien comment, à ce moment-là, Nicolas Sarkozy utilise d’abord la pression diplomatique contre Laurent Gbagbo avant de passer à l’offensive militaire. Est-ce que, de ce point de vue-là, la France n’a pas été très aidée par les Etats-Unis, par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et par l’Union africaine (UA) ?

Les États-Unis partageaient absolument la même ligne diplomatique. Pour ce qui concerne les acteurs africains c’est un petit peu plus compliqué, dans la mesure où il y a eu au départ des débats plus importants pour savoir quelle ligne adopter.

Certains chefs d’État étaient favorables à Laurent Gbagbo, d’autres étaient favorables à sa proposition de recompter les voix à l’issue de l’élection, et ce n’est qu’après une visite de Jacob Zuma en France, auprès de Nicolas Sarkozy, que celui-ci, on pourrait dire retourne sa veste, se rallie à la position de la diplomatie française et entraîne avec lui le panel de chefs d’Etat désignés par l’Union africaine.

Donc il y a sans doute un tête-à-tête Sarkozy-Zuma, le 1er mars 2011, qui est décisif dans la chute de Laurent Gbagbo, dites-vous ?

La chute de Gbagbo, je pense qu’elle aurait eu lieu de toute façon. Mais en tout cas, dans le revirement de la position diplomatique adoptée par l’UA. On ne sait pas exactement ce qui s’est joué à ce moment-là, mais il est vraisemblable qu’il y avait derrière des questions importantes d’ordre économique qui se négociaient entre les deux pays.Successione La Del La Coniuge Coniuge Superstite Successione La Superstite Del 8wOvmn0N

Et d’ordre commercial  ?

Certainement.

C’est vrai qu’il y a eu ingérence internationale dans la chute de Laurent Gbagbo. Mais, comme vous le rappelez dans votre ouvrage, « cette ingérence s’est inscrite du bon côté de l’histoire », a souligné à l’époque l’éditorialiste de RFI, Jean-Baptiste Placca. Est-ce que beaucoup ne partagent pas cette opinion ?

Si. Beaucoup partagent cette opinion. Mais on n’a pas pris la peine à l’époque d’écouter ce que disaient les représentants de la société civile ivoirienne qui, elle, préconisait une issue pacifique à la crise, une issue pacifique et négociée. Alors qu’on agissait en prétendant rendre service au peuple ivoirien, on n’écoutait aucune des voix qui plaidaient en ce sens.

Dénoncer la politique de Nicolas Sarkozy en Côte d’Ivoire, n’est-ce pas une façon de plaider pour le régime de Laurent Gbagbo aujourd’hui ?

Non, absolument pas. A titre personnel, je n’ai aucune espèce de sympathie ni pour l’homme, ni pour son régime. Simplement, j’estime que c’est aux Ivoiriens à juger leur leader politique et que la France n’a pas à s’ingérer comme elle le fait de manière continue depuis maintenant très longtemps. Et que ce n’est pas à Nicolas Sarkozy, ni à François Hollande, ni à Emmanuel Macron à décerner des bons points aux dirigeants africains. S’ingérer au point d’aller démettre un chef d’Etat militairement, cela paraît tout à fait inacceptable.

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Et de ce point de vue, pensez-vous qu’Emmanuel Macron poursuit la politique de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ?

A la suite de la chute de Laurent Gbagbo, la base de Port-Bouët a été rouverte, puisqu’elle avait été fermée, du moins juridiquement. Et effectivement elle est devenue un des deux points d’appui majoritaires de la France en Afrique, avec Djibouti. Et cette politique-là ne s’est pas démentie. Et on pourrait dire même que, depuis François Hollande, la présence militaire française s’est renforcée, notamment par le biais de l’opération Barkhane. Et Emmanuel Macron a poursuivi absolument cette politique.

Mais pour autant, on ne voit pas bien les intérêts économiques de la France en Côte d’Ivoire. Ils ne sont pas plus importants aujourd’hui qu’il y a vingt ans quand le marché des matières premières a été raflé par les grandes compagnies internationales et américaines ?

Encore aujourd’hui, même s’ils ne sont pas omniprésents et omnipotents, les intérêts français pour certaines entreprises restent des intérêts absolument essentiels. Par ailleurs, à travers la gestion de la dette ivoirienne par le biais du mécanisme qu’on appelle « C2D » [Contrat de Désendettement et de Développement], il y a possibilité de faire redistribuer aux entreprises françaises, qui vont récolter des marchés, cette dette qu’on fait semblant d’annuler.De Passionata Bain Maillot Miss Coquette Femme gu锚pi猫re Passionata m8v0NnwO

Franchement, est-ce que la France envoie ses soldats en Côte d’Ivoire uniquement pour les intérêts de Bouygues ou de Bolloré ?

Non, je pense que ça n’est pas une raison suffisante, mais les enjeux sont à la fois plus généraux que simplement économiques. Il s’agit dans l’esprit de nos dirigeants d’un véritable système. Et, d’autre part, ils sont fortement imprégnés d’une sorte de théorie des dominos qui voudrait que, si un pays échappe à l’influence française, ça risque de faire tomber les autres pays alentours et que, de ce point de vue là, la Côte d’Ivoire est perçue comme un pays vraiment important dans le dispositif.

« Fini la politique de la canonnière  », écrivez-vous. Désormais la France s’efforce de voir certaines de ses interventions légitimées par un mandat de l’ONU. C’est ce que les Américains appellent «opérer discrètement, sous couverture ». N’est-ce pas une ingérence tout de même plus subtile qu’il y a vingt ans ?

Oui et non. C’est vrai que la France essaie maintenant d’obtenir de manière systématique un mandat de l’ONU pour ses interventions militaires, mais, même avec un mandat de l’ONU, la France reste entièrement maîtresse de la gestion de ses troupes. Et on l’a parfaitement vu par exemple en novembre 2004, lorsque les militaires français tirent contre des civils ivoiriens désarmés et font plusieurs dizaines de morts, elle [la France] le fait évidemment de sa propre initiative et sans en référer, ni avant ni après, à l’ONU.

Et dès lors qu’une intervention militaire française est validée à la fois par la sous-région, Cédéao, et par le continent, Union africaine, n’a-t-elle pas une certaine légitimité tout de même ?

Une certaine légitimité sans doute en apparence, oui. Après cela ne rend pas, de mon point de vue, plus légitime le contenu de cette intervention dans la mesure où parallèlement se poursuit tout ce que la Françafrique a fait de pire : les coups tordus, les actes qui peuvent être caractérisés comme des crimes de guerre, ou des complicités de crimes de guerre.

Dans la mesure où on peut continuer à mener cette politique tout en étant couvert par un mandat de l’ONU, ça ne la rend pas plus légitime d’un point de vue moral. D’un point de vue juridique sans doute, mais d’un point de vue moral, certainement pas. Ni d’un point de vue moral, ni d’un point de vue politique.

Christophe Boisbouvier
RFI, 24 septembre 2018
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Entretien avec Raphaël Granvaud et David Mauger

Raphaël Granvaud et David Mauger ont publié le 20 août Un pompier pyromane, l’ingérence française en Côte d’Ivoire d’Houphouët­-Boigny à Ouattara, dans la collection des Dossiers noirs (Agone­-Survie). Le livre revient ainsi sur la genèse de ce qui fut appelé « la crise ivoirienne », et sur ses différentes phases, de son déclenchement à sa « résolution » par l’intervention directe de l’armée française. Les crimes de cette dernière, notamment en 2004, sont également au coeur de cet ouvrage de synthèse. Entretien avec les deux auteurs.

Billets : La Côte d’Ivoire fait au­jourd’hui figure de bon élève du conti­nent africain. Pourquoi vous être intéressés à ce pays ?
Interroger les interventions militaires est un véritable enjeu de démocratie. On l’a bien compris lors de l’intervention américaine en Irak et le renversement de Saddam Hussein sous George W. Bush. On commence à s’en rendre compte pour l’opération française en Libye et la suppression de Mouammar Kadhafi sous Nicolas Sarkozy.

Il nous a semblé nécessaire de revenir sur l’intervention de l’armée française en Côte d’Ivoire, qui eut lieu à la même période et qui est venue solder une longue crise politico­- militaire par l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir.

La Côte d’Ivoire d’Houphouët­-Boigny était en quelque­-sorte le berceau historique de la Françafrique. L’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara en 2011 est un véritable retour à l’ordre ancien. Grand défenseur du Franc CFA, comblé d’avoir vu la base militaire de Port­-Bouët se pérenniser en devenant l’une des bases opérationnelles avancées de l’armée française en Afrique, cet ancien Pre­mier ministre d’Houphouët fait aujourd’hui le bonheur de la diplomatie française, qui n’a plus d’yeux que pour le taux de croissance af­fiché et les contrats engrangés. Pourtant l’« émergence 2020 » promise par Ouattara n’aura pas plus de réalité que le miracle ivoi­rien sous Houphouët. Il est plus que temps d’interroger le rôle de la France dans la création de cette illusion.

Dans votre livre, vous accusez les auto­rités françaises d’avoir si ce n’est susci­té, au moins laissé faire la tentative de putsch contre Laurent Gbagbo en 2002, qui marque le début de huit an­ nées de guerre. Comment dans ce cas expliquer le déploiement des troupes françaises sur la ligne de front, dans un conflit qui semblait pourtant défa­vorable aux troupes loyalistes ?

Les militaires ivoiriens qui ont tenté de renverser Laurent Gbagbo en 2002 avaient eu tout le temps de se préparer depuis Ouaga­dougou, capitale du Burkina Faso voisin pré­sidé par Blaise Compaoré. Les affirmations des diplomates ou des militaires selon les­ quelles les services français auraient été sourds et aveugles à ces préparatifs ne sont pas crédibles. Les autorités françaises ont par ailleurs refusé d’appliquer l’ accord de dé­fense qui lie les deux pays. Si les troupes de l’opération Licorne se sont interposées après l’échec du coup d’État et la prise de contrôle du nord du pays par les putschistes, ce n’est pas seulement pour permettre l’exfiltration des expatriés. Certains ont voulu y voir une protection accordée au régime de Gbagbo, mais compte tenu de l’animosité que lui vouait Chirac et de ses efforts répétés pour se débarrasser politiquement du président ivoi­rien par la suite, l’explication ne tient pas. Il est vraisemblable que la France n’a pas voulu que la guerre civile soit menée au cœur même de la capitale économique, ce qui au­ rait pu nuire à ses intérêts et à ses ressortis­sants. L’installation durable de Licorne a en revanche permis de sanctuariser la rébellion que la diplomatie française s’est ensuite ef­forcée de légitimer via les accords de Mar­coussis notamment. On sait aussi que les militaires français ont à plusieurs reprises agi pour éviter son délitement ou son explosion du fait de sanglantes rivalités internes. La ré­bellion a ainsi pu continuer à être utilisée comme une épée de Damoclès au­-dessus de la tête de Gbagbo.

Vous rapportez ensuite de nombreuses tentatives de déstabilisation, voire d’éviction pure et simple de Laurent Gbagbo – dont le départ aura été un objectif de l’Élysée pendant une dé­cennie. Parmi ces tentatives – pos­sibles ou avérées –, l’épisode du bombardement de Bouaké, suivi d’une réaction particulièrement violente des troupes françaises, le massacre de l’hô­tel Ivoire ; les accusations portées contre l’armée française sont particu­lièrement graves. S’agit­-il de révéla­tions ? Comment expliquer que ces faits soient absents du débat public en France ?

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Nous ne prétendons pas faire de révéla­tions exclusives. Nous avons en revanche fait un patient travail de collecte et de croise­ment des informations disponibles sur le su­jet. Des diplomates français reconnaissent à demi­mots qu’il y a bien eu une tentative de coup d’État avortée ; des militaires français accusent le pouvoir politique d’avoir tenté un coup tordu qui a mal tourné pour servir de justificatif à ce coup d’État ; une juge d’instruction a demandé le renvoi devant la cour de justice de la République de trois an­ciens ministres chiraquiens pour avoir déli­bérément laisser fuir les mercenaires responsables du bombardement qui a fait des victimes parmi les militaires français à Bouaké... Dans un autre pays, ces éléments seraient constitutifs d’un véritable scandale d’État. Mais nous sommes en France ! La poli­tique africaine de l’Elysée jouit toujours d’une véritable impunité et fait l’objet d’un silence gêné de la plupart des médias ou des parlementaires français.

Suite à l’éviction de Laurent Gbagbo en 2011, capturé par les troupes françaises après la prise d’assaut de sa résidence, l’arrivée de son rival Ouattara va de pair avec un retour au calme dans le pays. Les troupes rebelles ont été désarmées, l’ethnisme décline, quant à l’économie, elle a crû en moyenne de 8,5 % par an depuis cette période. N’est­-ce pas finale­ment le signe d’un succès de l’action française, qui a mis un terme à une guerre de succession qui aura duré plus de dix ans ?

Le tableau idyllique brossé par la diplomatie française ou le nouveau pouvoir ivoirien a peu à voir avec la réalité. La croissance est non seule­ment tirée par une politique de réendettement qui est lourde de menace pour l’avenir du pays, mais de surcroît elle ne profite qu’à quelques­ uns. Même dans des publications officielles, le pays est décrit comme ayant atteint un niveau de corruption rarement égalé. Par ailleurs, ni le retour au calme ni la réconciliation ne sont ef­fectifs. Il y a quelques mois encore le régime de Ouattara faisait face à des mutineries répétées qui paraissaient téléguidées par les anciens re­belles parvenus à des postes de responsabilité et qui tiennent visiblement le pouvoir politique en otage. Enfin les conflits communautaires meurtriers en lien avec la question foncière se poursuivent toujours aujourd’hui.

Mais dès le début de l’intervention française en Côte d’Ivoire il était évident que l’objectif poursuivi par la France n’était pas de lutter contre l’impunité ou les dérives du régime Gbagbo, et qu’il ne s’agissait que de prétextes. Sinon la France aurait dû de la même manière et à la même époque intervenir contre la plupart des régimes de ses anciennes colonies. Mais elle ne trouvait rien à redire aux dictateurs les plus sanguinaires. En revanche, on reprochait à Gbagbo de ne pas avoir donné les garanties qu’on exigeait en matière de maintien et de protection des intérêts économiques et straté­giques français.

Laurent Gbagbo est en prison à La Haye depuis son arrestation, son ancien mi­nistre Charles Blé Goudé et lui sont jugés pour crime contre l’humanité suite aux violences qui ont suivi l’élection prési­dentielle de 2010. Le rôle de la France dans le conflit est régulièrement pointé par la défense. Peut­-on attendre de ce procès qu’il fasse la lumière sur cet as­ pect de la crise ivoirienne ?

Certains témoignages ont apporté des éclai­rages intéressants sur les événements de 2004 et de 2011. En revanche, il est très peu probable en l’état actuel des choses que l’action des mili­taires français soient jugée par ce tribunal. En théorie, les événements de 2004 pourraient être étudiés puisque les juges de la chambre prélimi­naire ont demandé au procureur que soient étudiés les « crimes qui pourraient relever po­tentiellement de la compétence de la Cour et qui auraient été commis entre 2002 et 2010 ». Le substitut du procureur a même reconnu à l’occasion de l’audition d’un témoin « que les forces françaises ont effectivement tiré sur les manifestants », mais le président du tribunal a confirmé qu’il n’entendait pas juger la France. D’ailleurs, le pourrait-­il ? Quand elle a adhéré à la CPI, la France ne l’a fait qu’à la condition qu’un article additionnel (l’article n°124) lui permette de soustraire ses militaires à toute poursuite pendant sept ans après la ratification du traité de Rome en cas de crimes de guerre. Pour l’instant, le tribunal ne juge que les crimes imputés au camp Gbagbo et semble avoir des difficultés à établir que ceux­-ci résultent d’un plan concerté pour conserver le pouvoir. Les crimes commis par le camp Ouattara, notam­ment les terribles massacres de Duékoué lors de la descente des troupes rebelles sur Abidjan, ne sont pour l’instant pas poursuivis. Si l’on en croit le témoignage d’une journaliste de RFI qui a enquêté sur la CPI, il s’agissait d’une condition mise par les autorités françaises pour que le ju­gement de Gbagbo soit financé. On ne peut pas s’empêcher de mettre cela en relation avec le fait que plusieurs témoignages et journalistes affirment que les militaires français ont prêté main forte aux rebelles pendant leur sanglante reconquête du pays, sans même parler des bombardements français sur Abidjan pour leur permettre de l’emporter. Porter assistance à des troupes qui commettent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité relève de la complicité. On peut comprendre que les autorités politiques et militaires françaises ne soient pas pressées de voir toute la lumière faite à la CPI

Propos recueillis par Guillaume Desgranges
Billets d'Afrique, septembre 2018
David Mauger au JT Afrique sur TV5 Monde

À l’occasion de la parution d’_Un pompier pyromane. L’ingérence française en Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny à Ouattara_, David Mauger était l’invité du JT Afrique de TV5 Monde le mercredi 22 août 2018.


Son intervention est disponible sur https://information.tv5monde.com/les-jt/afrique > (9’16”).

TV5 Monde, 22/08/19
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Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane »
Le mardi 18 décembre 2018    Toulouse (31)
Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane »
Le vendredi 30 novembre 2018    Aix-en-Provence (13)
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Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane »
Le mercredi 21 novembre 2018    Lille (59)
Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane »
Le mardi 20 novembre 2018    Angers (49)
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Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane »
Le vendredi 16 novembre 2018    Vichy (3)
Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane »
Le jeudi 15 novembre 2018    Clermont-Ferrand (63)
Rencontre avec Raphaël Granvaud : « Un pompier pyromane »
Le mercredi 14 novembre 2018    Saint-Étienne (42)
Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane »
Le mardi 6 novembre 2018    Rennes (35)
Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane »
Le mercredi 10 octobre 2018    Genève (0)
Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane »
Le mardi 9 octobre 2018    Chambéry (73)
Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane »
Le lundi 8 octobre 2018    Annemasse (74)
Un pompier pyromane aux rencontres populaires du livre de Saint-Denis
Le dimanche 7 octobre 2018    Saint-Denis (93)
Conférence-débat avec David Mauger : "Pour en finir avec la Françafrique"
Le samedi 6 octobre 2018    Paris (75)
Rencontre avec Raphaël Granvaud : « Un pompier pyromane »
Le mercredi 3 octobre 2018    Lyon (69)
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Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane »
Le mercredi 26 septembre 2018    Caen (14)
Rencontre avec David Mauger : « Un pompier pyromane » Successione La Del La Coniuge Coniuge Superstite Successione La Superstite Del 8wOvmn0N
Le vendredi 21 septembre 2018    Dijon (21)
Rencontre avec Raphaël Granvaud : « Un pompier pyromane »
Le mercredi 19 septembre 2018    Marseille (13)
Rencontre avec Raphaël Granvaud : « Un pompier pyromane »
Le samedi 8 septembre 2018    Toulon (83)
David Mauger à TV5 Monde pour « Un pompier pyromane »
Le mercredi 22 août 2018     (0)
Réalisation : William Dodé